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La crise sanitaire, l'épreuve de vérité pour Renault-Nissan
information fournie par Reuters 29/07/2020 à 19:01

* Renault publie ses résultats semestriels jeudi matin

* Ils seront impactés par le coronavirus et €1,2 md de perte de Nissan

* Nissan prévient qu'il accusera une perte record sur l'exercice

* Resté bénéficiaire au S1, PSA prévoit un tri entre constructeurs

* Renault et Nissan n'ont pas d'autre choix que de renforcer leur alliance-IHS

par Gilles Guillaume et Naomi Tajitsu

PARIS/TOKYO, 29 juillet (Reuters) - Les résultats semestriels de Renault RENA.PA , publiés jeudi, et l'ampleur de l'impact de la crise du coronavirus sur le groupe au losange diront s'il est en mesure de réussir cette épreuve de vérité à laquelle est soumise l'industrie automobile dans son ensemble.

Tous les constructeurs ont été ébranlés par l'arrêt brutal de la production et des ventes provoqué par la pandémie. Mais certains plus que d'autres.

Avant même l'irruption du coronavirus, Renault avait déjà accusé l'an dernier sa première perte nette annuelle en dix ans, privé notamment de deux recettes qui ont fait son succès: des ventes à ses partenaires vigoureuses et une contribution substantielle à ses résultats de la part de son allié japonais Nissan 7201.T .

Renault a prévenu mardi que le groupe japonais représenterait à nouveau 1,244 milliard d'euros de ses pertes au titre du 2e trimestre.

Selon le consensus IBES Refinitiv, le constructeur français pourrait accuser au premier semestre une perte opérationnelle totale de 1,8 milliard d'euros et une perte nette, part du groupe, de l'ordre de cinq milliards. Mais les estimations des analystes s'inscrivent dans des fourchettes très larges.

Nissan souffre d'une ligne de véhicules vieillissante, d'un taux d'utilisation de ses usines trop faible et d'une politique de remise trop généreuse qui ont décimé ses marges. Il a prévenu mardi que l'exercice en cours se solderait par une perte annuelle record.

Mitsubishi 7211.T , troisième partenaire d'une alliance qui tente de retrouver une dynamique après le coup de froid provoqué par la chute de son homme fort Carlos Ghosn, souffre de son côté d'une baisse régulière de la demande en Asie du Sud-Est, son principal marché, frappé plus tardivement qu'ailleurs par l'épidémie de coronavirus.

"Des événements comme le Covid, conjugués aux besoins d'investissements que nous imposent les nouvelles technologies et les nouvelles réglementations, notamment les normes d'émissions de CO2, vont mettre à l'épreuve les entreprises, et faire un tri entre celles qui sont agiles, frugales et celles qui ne le sont pas", a pronostiqué mardi dans les Echos Carlos Tavares, ancien numéro deux de Renault et depuis six ans président du directoire de PSA.

"Nous sommes entre 2020 et 2030 dans une période totalement darwinienne de l'industrie automobile", a-t-il estimé.

FAIRE PLUS AVEC MOINS

PSA semble pour l'heure bien placé pour faire partie des espèces qui survivront à la crise. Il est parvenu à maintenir un résultat positif au premier semestre grâce à l'abaissement drastique de son point mort, mouvement engagé après avoir frôlé la faillite en 2012 et qui lui permet de générer du cash dès qu'il atteint la moitié seulement du niveau de ses ventes en temps normal.

Du coup, l'ultradépendance de PSA à l'Europe, après l'échec de l'aventure chinoise et le rachat d'Opel et en attendant le mariage avec FCA FCHA.MI , ne constitue pas encore un handicap alors que l'internationalisation précoce de Renault, longtemps son point fort, est devenu l'un de ses talons d'Achille.

Le groupe au losange a opté à son tour pour la stratégie du "faire plus avec moins" de PSA, comme l'écrit Philippe Houchois, analyste chez Jefferies, mais ses fruits ne se feront pas sentir immédiatement.

Le groupe au losange va réduire ses coûts de deux milliards d'euros en trois ans, rationaliser la conception et la fabrication de ses véhicules et réduire de 4 à 3,3 millions de véhicules par an sa capacité mondiale de production.

"La recomposition du secteur était déjà en germe, mais le Covid va accentuer la tendance", commente Denis Schemoul, analyste chez IHS Markit. "Renault-Nissan fait partie de ceux qui pourront rester indépendants dès lors qu'ils continuent de renforcer leur coopération."

(Avec Sarah White à Paris, édité par Jean-Michel Bélot)

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